Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit

CITATIONS (43)

Quand le moment du monde à l'envers est venu et que c'est être fou que de demander pourquoi on vous assassine, il devient évident qu'on passe pour fou à peu de frais, encore faut-il que ça prenne. Et quand il s'agit d'éviter le grand écartelage, il se fait dans certains cerveaux de magnifiques efforts d'imagination.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

C'est le délai qu'il nous faut, deux années, pour nous rendre compte, d'un seul coup d'oeil, intrompable alors, comme l'instinct, des laideurs dont un visage, même en son temps délicieux, s'est chargé. On demeure comme hésitant un instant devant, et puis on finit par l'accepter tel qu'il est devenu le visage avec cette disharmonie croissante, ignoble, de toute la figure. (.) On peut dire alors qu'on ne s'était pas trompé de chemin, sans s'être concertés, l'immanquable route pendant deux années de plus, la route de la pourriture. Et voilà tout.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Il y avait ces cent sous entre nous . Ça suffit pour haïr, cent sous, et désirer qu'ils crèvent tous. Pas d'amour à perdre dans ce monde, tant qu'il y aura cent sous.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Les Aztèques éventraient couramment, qu’on raconte, dans leurs temples du soleil, quatre-vingt mille croyants par semaine, les offrant ainsi au Dieu des nuages, afin qu’il leur envoie la pluie. C’est des choses qu’on a du mal à croire avant d’aller en guerre. Mais quand on y est, tout s’explique, et les Aztèques et leur mépris du corps d’autrui, c’est le même que devait avoir pour mes humbles tripes notre général Céladon des Entrayes, plus haut nommé, devenu par l’effet des avancements une sorte de dieu précis, lui aussi, une sorte de petit soleil atrocement exigeant.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Dans ce métier d'être tué, faut pas être difficile, faut faire comme si la vie continuait, c'est ça le plus dur, ce mensonge...

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Pour que dans le cerveau d'un couillon, la pensée fasse un tour, il faut qu'il lui arrive beaucoup de choses et de bien cruelles.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

[...] ce n'est peut-être que cela la jeunesse, de l'entrain à vieillir.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

[...] donc Lili s’en va !... je reste avec les chiens... je peux pas dire que je suis vraiment seul... les chiens me préviennent... ils me préviendront du facteur, encore à quatre kilomètres ! de Lili, encore à la gare... ils savent quand elle descend du train... jamais d’erreur ! j’ai toujours cherché à savoir comment ils savaient ? ils savent, c’est tout !... nous on se tape la tête dans les murs, on est idiots mathématiques... Einstein saurait pas non plus si Lili arrive... Newton non plus... Pascal non plus... tous sourds aveugles bornés sacs...

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Il n'y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n'a pas encore été dit. On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire. Ça y sera.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi.

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Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop.

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L'homme n'est pas longtemps honnête quand il est seul, allez !

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs.

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On passe son temps à tuer ou à adorer en ce monde et cela tout ensemble. "Je te hais ! Je t'adore !"

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[...] l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches et j'ai ma dignité moi !

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment, ils ont l'air de rien les mots, pas l'air de dangers bien sûr, plutôt de petits vents, de petits sons de bouche, ni chauds, ni froids, et facilement repris dès qu'ils arrivent par l'oreille par l'énorme ennui gris mou du cerveau. On ne se méfie pas d'eux des mots et le malheur arrive. Des mots, il y en a des cachés parmi les autres, comme des cailloux. On les reconnaît pas spécialement et puis les voilà qui vous font trembler pourtant toute la vie qu'on possède, et tout entière, et dans son faible et dans son fort... C'est la panique alors... U...

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

On a beau dire et prétendre, le monde nous quitte bien avant qu'on s'en aille pour de bon. Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s'y mettre. On en a bien marre de s'écouter toujours causer... On abrège... On renonce... Ça dure depuis trente ans qu'on cause... On ne tient plus à avoir raison.

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La jeunesse vraie, la seule, [....] c'est d'aimer tout le monde sans distinction, cela seulement est vrai, cela seulement est jeune et nouveau.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

On n'a jamais assez de temps c'est vrai, rien que pour penser à soi-même.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse.

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On n'est jamais très mécontent qu'un adulte s'en aille, ça fait toujours une vache de moins sur la terre, qu'on se dit, tandis que pour un enfant, c'est tout de même moins sûr. Il y a l'avenir.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Être brave avec son corps ? Demandez alors à l'asticot aussi d'être brave, il est rose et pâle et mou, tout comme nous.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d'opinions, ou bien si tard, que ça n'en vaut pas la peine.

Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit

Tant que le militaire ne tue pas, c'est un enfant. On l'amuse aisément. N'ayant pas l'habitude de penser, dès qu'on lui parle il est forcé pour essayer de vous comprendre de se résoudre à des efforts accablants. Le capitaine Frémizon ne me tuait pas, il n'était pas en train de boire non plus, il ne faisait rien avec ses mains, ni avec ses pieds, il essayait seulement de penser. C'était énormément trop pour lui.

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